Deux Familles

La Manufacture Prelle doit son existence au dessinateur Pierre-Toussaint Déchazelle, né en 1752. Ce n’est qu'au début du XXème siècle qu’elle prit le nom de celui qui fût l’un de ses plus fameux dessinateurs, Eugène Prelle.

Afin d'asseoir leur image et de bénéficier d'une véritable identité en interne, les fabricants avaient l'habitude de s'associer à un dessinateur. Les couples de noms des entreprises de soieries témoignent encore de cet héritage : on accolait le nom du fabricant à celui du dessinateur avec lequel il était associé. Les exemples d'association entre dessinateurs et fabricants fourmillent dans la genèse de la manufacture PRELLE.

Ainsi Pierre-Toussaint Déchazelle s'associa à Guyot et Germain à partir de 1770, plus tard c'est le fameux dessinateur Jean-François Bony qui, sous l'Empire, collabore étroitement avec le fabricant Bissardon. Ces dessinateurs assuraient à eux seuls la renommée de leur maison et contribuaient fortement au rayonnement commercial de leur société en imposant une image et un style forts.

Il est complexe de suivre la généalogie de la manufacture Prelle et le déroulement de ses successions : Déchazelle, Desfarges, Bony, Bissardon, Chuard, Corderier, Le Mire, Lamy, Prelle sont autant de noms qui apparaissent dans l’histoire de la fabrique et dont il convient de comprendre les associations et successions malgré le peu de documents qui subsistent aujourd'hui :

Quand Déchazelle arrêta son activité, il céda son fonds au fabricant Charles Corderier qui s’associa lui-même sous l’Empire à Marie-Jacques Lemire, c’est l’époque Corderier et Lemire.

Ces derniers, entre 1829 et 1834, reprirent le fonds de la fabrique de Chuard qui avait lui-même acquis les archives d’un des plus prestigieux fabricant du XVIIIème, Marie-Olivier Desfarges.

Lemire continua sous deux raisons sociales différentes, Lemire & Cie puis Lemire & fils.

En 1865, Lemire, en difficulté, vend la manufacture et ses archives à Antoine Lamy et Auguste Giraud.

En 1880, Lamy et Giraud abandonnent la Robe, qui désigne l’ensemble de la production destinée à l’habillement pour ne se consacrer qu'à l’ameublement.

En 1881, à l'instigation d'Antoine Lamy toute la filière de production fut regroupée dans une usine "moderne" sur le plateau de la Croix-Rousse.

Balthazar Eugène Prelle, né à Lyon en 1838, fit son apprentissage dans le cabinet de dessin de Lamy et Giraud. En même temps, il suivit les cours du soir de dessin et de peinture à l'école de peinture de fleurs de Lyon.

Grâce à son talent, il devint rapidement chef du cabinet de dessin qu'il dominât pendant plus de 20 ans. Son talent fut couronné par des médailles aux expositions universelles de 1873, 1878 et 1889.

En 1894, Eugène Prelle fonda à Lyon, rue Griffon, un cabinet de dessin indépendant au nom de ses deux fils, Aimé et Alexandre.

Ils avaient appris le métier de dessinateur de fabrique en parallèle de leur formation artistique.

Les deux frères entretinrent d'excellentes relations avec la maison Lamy & Giraud puisqu’ils lui fournissaient la plupart de leurs dessins.

Suite à la mort d’Edouard Lamy en 1917, Aimé Prelle accepta de prendre la direction de la société qui devint Prelle et Cie.

Thérèse Prelle, sa fille, formée à l'école des Beaux Arts de Lyon, puis à Paris sous la direction de Michel Dubost dans l'atelier Ducharne, fût dessinatrice elle aussi et créa de remarquables dessins dans l’esprit Art Déco.

En 1926, Thérèse Prelle épousa Charles Verzier, lui même issu d'une famille de fabricants de soie renommée à Lyon.

Son ancêtre, François Verzier, né en 1726, était venu à Lyon pour son apprentissage dans l’artisanat de la soie.

En 1760, il est reçu maître-ouvrier de la « Communauté des marchands maîtres ouvriers en drap d’or, d’argent et de soye » et cinq ans plus tard il sera maître marchand-fabricant.

Il eut douze enfants et c’est l’aîné, Claude-Marie, qui succéda à son père dans la profession de fabricant. Sous la Restauration, Claude-Marie saisit l’opportunité du marché des soieries destinées à la fabrication de parapluies et ombrelles alors très en vogue.

En 1833, son fils Horace, qui travaillait avec lui dans l'entreprise, meurt prématurément à l'age de 42 ans. Il avait ajouté aux activités de tissage de la soie le façonnage des parties mécaniques des ombrelles et parapluies. Sa veuve reprit les affaires sous la raison sociale « Veuve Verzier et Cie, marchand d’ombrelle de soie, taffetas et coton ».

A la mort de Claude-Marie, en 1843, c'est son second fils - également prénommé Horace et que par commodité, nous appellerons Horace Jean-Marie, issu d'un deuxième mariage, qui reprend la tête de la manufacture de soie. C'est un technicien averti du tissage, auteur de plusieurs brevets d'invention notamment pour la fabrication du velours coupé. Il a l’idée d’ajouter aux fabrications classiques une création nouvelle et pleine d’avenir : le portrait tissé.

Cette spécialité, également nommée « taille douce », distinguera la manufacture Verzier .

Horace Jean-Marie décède en 1866. C'est alors le fils du premier Horace, Claude-Louis qui lui succède, trois générations après François Verzier.

C'est par son fils Philippe, avoué, que se poursuit la lignée des fabricants en soiries puisque c'est le fils ainé de Philippe, Charles Verzier, qui épouse Thérèse Prelle en 1926.

Charles Verzier s’associe alors avec son beau père Eugène Prelle et prend en charge la gestion de l’entreprise. A son décès en 1948, ses fils Philippe et François reprennent l’affaire à l’âge de 18 et 20 ans.

C’est maintenant le fils de François, Guillaume Verzier, représentant de la huitième génération coté Verzier et de la cinquième génération coté Prelle, qui perpétue la tradition.